Fantasia - généralités

 

Fantasia serait un monde comme les autres si une force de nature mal connue ne s'y manifestait depuis son apparition dans le Multivers : le Nonsense. Cette force, qui semble faire tendre l'ensemble du monde vers l'absurdité, la folie et le chaos, affecte grandement la nature profonde des différents pays. Agissant simultanément sur le relief, le climat, la végétation, les animaux et même les différents peuples qui y résident, le Nonsense transforme Fantasia constamment. Il est donc impossible d'établir une carte fiable de la géographie du monde. Cependant, et heureusement pour les fantasiens, le Nonsense n'affecte pas la totalité du monde avec la même intensité. Il existe des régions dites " stables ", où l'on peut habiter à peu près normalement, et dont on peut établir des cartes. L'Hiscontie est l'un de ces pays.

Les Hiscontes ont fondé il y a environ mille ans un royaume organisé dans une région stable de Fantasia. Depuis, ils ont accumulé de nombreuses connaissances au sujet de Fantasia, même s'ils ignorent encore beaucoup de choses.

" D'après nos calculs, Fantasia a la forme d'une sphère. Cependant, nous serions bien embarrassés si l'on nous demandait ses dimensions. Tout indique qu'elles sont immenses, mais quant à en savoir plus, j'ai bien peur que notre savoir atteigne là l'une de ses nombreuses limites.

" La terre de Fantasia, malgré les transformations que lui fait subir l'action du Nonsense, conserve l'architecture d'une planète normale ; c'est du moins ce que nous ont affirmé les étrangers en provenance d'autres mondes qui sont arrivés ici. Fantasia possède un sol, un sous-sol, un ciel et une atmosphère, un cosmos. Son atmosphère, du moins dans les régions que nous avons explorées jusqu'ici, reste respirable.

Homme-arbnre-navire-boîte-cité, par Tybalt, d'après J. Bosch" La surface du sol et ses environs semblent être la partie du monde la plus exposée aux effets du Nonsense. Il s'y produit, selon le degré d'intensité du Nonsense dans les diverses régions, des événements et des métamorphoses spontanées, dont nous ne pouvons que nous étonner sans en comprendre la raison primordiale. En Hiscontie, fort heureusement, les effets du Nonsense restent limités, ce qui permet à notre peuple d'y vivre dans une relative tranquillité ; mais les explorateurs partis à la découverte des régions instables nous ont rapporté toutes sortes de récits que l'on a peine à croire tant ils paraissent fantaisistes. Ils ne font, hélas, que donner une faible impression de la réalité.

" Dans ces régions reculées, des montagnes peuvent apparaître et disparaître en quelques semaines, des forêts pousser en quelques jours, un lac ou une mer apparaître au beau milieu d'un désert ; le climat y est sujet à maints changements subits, transformant une jungle étouffante en une banquise glaciale en l'espace d'un ou deux jours. La faune et la flore semblent tout droit sorties de nos contes, lorsqu'elles ne sont pas une réunion de chimères à l'aspect terrifiant. Nos érudits ont peine à croire que de tels affabulations puissent contenir ne serait-ce qu'un fragment de vérité ; mais la multiplicité des récits et la conviction de ceux qui les ont racontés ne nous laissent aucun doute. Le mensonge serait, hélas ! une explication trop commode.

" On raconte que le sous-sol réserve au voyageur trop imprudent des surprises bien plus désagréables encore. Cependant, la raison, qui guide notre démarche d'érudits, nous interdit de nous fier aux légendes qui courent parmi le bas-peuple. Nous ne voyons là que des mistigris, des croquemitaines, des fables peuplées de créatures infernales, et qui sont tout juste bonnes à faire peur aux enfants. Mais lorsque je m'y arrête plus longuement que mes collègues, je tremble que quelqu'un ne prouve un jour la véracité de ces récits ; les légendes au sujet des régions instables ne se sont-elles pas révélées véridiques ? alors pourquoi celles-ci le seraient-elles moins ? On parle d'un réseau de cavernes sombres et poudreuses, où rôderaient des monstres dotés de plusieurs corps et de têtes innombrables ; on parle aussi des gnomes, ces êtres à peine plus hauts qu'une souche qui se terreraient dans ce dédale souterrain, gardant comme un secret la porte des profondeurs du monde. Beaucoup se souviennent encore des anciennes légendes ; beaucoup aussi parlent du Cur planaire, ce centre du monde qui serait un miroir à jamais brisé, gardé par des hordes de spectres farouches. Le Nonsense aurait-il aussi pénétré au centre de la terre ? Il est des secrets que l'on préfère ne pas percer à jour, et l'aura terrible qui s'en dégage suffit bien souvent à dissuader les curieux. Le vérité gît sans doute quelque part sous ce monceau de rumeurs. Où exactement ? c'est ce que l'avenir et l'espoir nous apprendront.

" Bien loin de ces ténèbres granitiques, le Haut-Ciel, que beaucoup dénomment l'En-Haut du monde, semble ne jamais avoir accepté la morsure de l'Absurde. Le Nonsense ne s'y manifeste pour ainsi dire jamais - pourquoi, je n'en sais rien, et c'est ce que nous aimerions découvrir - et cela facilite grandement l'expansion des peuples qui vivent dans ces hauteurs. Il y a trois cents ans, nous avons commencé à explorer cette partie du monde à bord de nos vaisseaux volants, et depuis ce temps nous passons d'émerveillement en découverte avec des joies toujours renouvelées. Quelle harmonie, quelle beauté vivent au-dessus des nuages ! les animaux y sont étranges et magnifiques, les vents s'y comptent par dizaine, et l'on se surprend à rester des heures durant accoudé au bastingage d'un aéroptère, le regard perdu dans le lointain, à contempler les nuages et les infinités de leurs plus infimes variations.

" Ceux qui vivent là-haut, à plus de 50 kilomètres d'altitude, nous apparurent d'abord comme des dieux, mais ils n'en sont point. Les Nuagins - ainsi se nomment-ils eux-mêmes dans leur langue - ont édifié un vaste empire dans le ciel. Il existe en effet dans la stratosphère un genre de nuage particulier - nous les avons appelés " plaines stratosphériques " - dont la forme et la consistance semblent les mêmes que celles des nuages que nous voyons depuis le sol, mais dont la matière est différente, et sur lesquels on peut marcher. Des arbres et des plantes y poussent, et les animaux y prospèrent. Les Nuagins ont appris au fil du temps à respecter cette nature formidable, et c'est pourquoi leurs bâtiments, leurs maisons et leurs palais, ont des formes et des volutes si parfaitement imitées sur celles des nuages véritables, qu'il devient difficile de les en distinguer au premier regard. Cependant, les Nuagins restent aujourd'hui encore des étrangers à notre égard, car même s'ils ont accueilli nos émissaires avec respect et leur ont accordé l'hospitalité, ils ne semblent pas bien disposés à entreprendre un commerce véritable avec l'En-Bas. Ce sont des gens des hauteurs, qui considèrent comme humiliante la fréquentation des habitants de la terre ferme.

" Un autre peuple d'En-Haut s'est révélé à nos yeux il y a quelques années. Celui-là paraît bien plus proche de nous autres qui venons du sol ; ils n'abitent pas sur des nuages, mais se déplacent en permanence dans le ciel à bord d'engins énormes mus par des mécanismes complexes. Ce sont des petites-gens, très proches par leur aspect des Nains qui vivent chez nous ; c'est pourquoi nous les avons nommé " aéro-nains " en raison de leur penchant pour les machines volantes. Malheureusement, nous n'avons fait jusque-là que les entrevoir, sans jamais parvenir à entrer en contact avec eux ; de là vient que nous ne pouvons aujourd'hui déterminer si ce peuple nous est hostile ou amical.

" Au-delà des nuages, lorsqu'on monte bien plus haut que la stratosphère, à des altitudes si élevées que nul n'y séjourne plus, le ciel s'assombrit d'une nuit perpétuelle - d'abord une ombre légère sur l'horizon, puis un crépuscule inachevé, et enfin la nuit complète. Nos explorateurs ont divisé ces hauteurs lointaines en trois couches successives, par altitudes croissantes : d'abord la Mésosphère, une étendue morne et déserte, puis la Thermosphère, dont les températures montent jusqu'à en devenir infernales ; enfin la Ionosphère, la nuit céleste, peuplée d'étoiles et de légendes. Cette dernière partie du ciel s'achève avec l'espace, et forme une bande d'atmosphère de 300 kilomètres de haut, située à près de cinq mille kilomètres d'altitude.

" La Ionosphère marque la frontière de nos connaissances ; plus haut encore, c'est l'inconnu. De nombreux récits la concernant nous sont parvenus au fil des siècles, mais, là encore, nous autres érudits avons bien des difficultés à séparer le vrai du faux. Selon la légende, vivent dans la Ionosphère des créatures immatérielles, des êtres ancestraux, comme les Chronocampes ou les Cachalots Célestes. D'autre part, un astre tourne autour de Fantasia dans la Ionosphère ; certains l'appellent Phoebée, d'autres Khrysto ; beaucoup prétendent qu'il est habité, mais pour ma part j'attends que l'exploration nous en dise plus à ce sujet. Ce qui semble établi, c'est que le Nonsense recommence à exercer son influence sur les êtres et les choses à partir de cette altitude. Peu de gens se sont aventurés si haut, et moins encore en sont revenus.

" Nous avons ouï dire quelquefois d'une partie du monde située bien plus loin encore de la surface du monde, mais peu de gens croient à son existence réelle. L'Ethersphère, que les magiciens nomment aussi Entremonde, serait la frontière qui sépare Fantasia des autres plans d'existence. C'est une immense masse d'éther, un gaz étrange formant une brume vaporeuse. Ne pratiquant pas la magie moi-même, je ne me risquerai pas à avancer ma propre opinion, me contentant seulement de répéter ce qu'affirment les plus puissants enchanteurs d'Hiscontie : l'Ethersphère est une porte qui permet d'accéder à l'ensemble des autres mondes existants ; eux nomment cet ensemble le Multivers. En traversant l'Ethersphère, on pourrait voyager à travers les mondes et parcourir des distances infiniment grandes. Hélas, les mages qui se sont aventurés jusque là n'en sont jamais revenus, et les autres y ont perdu l'esprit.

" Voici terminé ce rapide devisement du monde. Comme vous avez pu le constater en même temps que moi, la terre de Fantasia reste pour une bonne part inexplorée, mais cette exploration, si elle ne peut qu'enrichir notre connaissance de l'univers et de nous-mêmes, se révèlera longue et pleine de périls pour ceux qui l'entreprendront. "

- Gnotis Philémon, érudit hisconte